
En tant que membres du personnel de musée nous savons tous que nos musées détiennent en fiducie des objets divers de notre patrimoine à l'intention de la génération actuelle et des générations futures. Nous avons par conséquent la responsabilité d'exécuter les tâches nécessaires au fonctionnement d'un musée, notamment de collectionner des objets appropriés de la manière stipulée dans la déclaration de principe, de les préserver, de rechercher des collections et d'organiser des expositions significatives et poussant à la réflexion. Parmi ces diverses responsabilités nous devons mentionner celle qui consiste à prévoir des locaux et des programmes dont pourra bénéficier de manière égale la communauté entière. Toutefois, pareillement à d'autres institutions publiques et culturelles, de nombreux musées négligent souvent d'importants groupes d'usagers. Nous pouvons ainsi citer les personnes qui ont besoin d'un fauteuil roulant, celles qui se déplacent avec difficulté, ne peuvent pas voir ou entendre, sont déficients mentaux ou ont des difficultés d'apprentissage, et celles qui à cause du poids des ans ont de la peine à participer aux activités communautaires. En bref, les personnes handicapées.
Cependant, au cours de la dernière décennie les musées ont intensifié leurs efforts pour rendre leurs locaux et programmes plus accessibles aux personnes handicapées. Ce changement s'observe également dans les écrits consacrés à la muséologie. Depuis l'entrée en vigueur en 1973 de la loi sur la réadaptation aux États-Unis,1 les revues américaines ont commencé à consacrer de nombreux articles aux handicapés. Ces articles parlaient surtout des méthodes utilisées à leur égard. La majorité traitait de la suppression des barrières matérielles, mais un nombre significatif avait pour sujet l'élaboration de programmes éducatifs à utiliser dans les musées. Les revues canadiennes semblent avoir suivi l'exemple américain en publiant plusieurs articles au cours des six à huit dernières années. Voici quelques-uns des thèmes qui reviennent souvent dans ce genre grandissant d'écrits :
Lorsque vous faites des plans pour rendre vos locaux et vos programmes accessibles, vous devez y inclure les personnes handicapées proprement dites et les organismes qui les représentent. En prenant directement contact avec ces groupes vous allez non seulement épargner de l'argent, du temps et de l'énergie (vous obtiendrez ainsi des renseignements de première main sur les obstacles qui se trouvent dans votre musée au lieu de simplement devoir les anticiper), mais vous réussirez également à ouvrir les lignes de communication.
Lorsque votre musée sera devenu accessible, vous devrez tenter d'éviter la ségrégation (par exemple des "expositions spéciales' réservées exclusivement aux handicapés) et au contraire orienter vos efforts vers une intégration complète.
Faire connaître l'accessibilité de vos programmes et de vos locaux est un facteur essentiel.
Toutes les facilités offertes aux handicapés finiront par bénéficier à tous les visiteurs.
L'objectif principal de cette publication est de faire connaître au personnel des musées les besoins et les préoccupations des handicapés dans le contexte d'un musée. Manifestement les deux principaux obstacles auxquels se heurtent les handicapés sont l'obstacle matériel et celui des attitudes. L'un dérive de la conception architecturale et l'autre du comportement social et des habitudes, et tous deux se combinent pour empêcher l'intégration complète des handicapés dans la vie normale de la société. Nous examinerons chacun de ces problèmes.
Nous parlerons également de certaines difficultés spécifiques que le personnel d'un musée peut rencontrer en tentant de résoudre les problèmes d'accessibilité. Parmi ceux-ci nous citerons :
Le personnel des musées trouvera ci-après quelques suggestions simples et constructives qui lui donneront des idées et des directives utiles dont il pourra s'inspirer.
Cette brochure comprend quatre sections principales. La Section I "Qui sont les handicapés?" donnera de brèves définitions des différents types d'incapacités. Cette section expliquera également la différence entre les "invalides" et les "handicapés", deux termes qui sont souvent employés de manière interchangeable. La Section II "Par oú commencer?" décrira quatre étapes essentielles qui vous aideront à dresser un plan complet pour rendre votre musée communautaire accessible.
Les deux éléments principaux de l'accessibilité -- barrières matérielles et programme -- seront discutés par rapport aux besoins et aux préoccupations du personnel du musée et des handicapés. La Section III "La personne handicapée et ce que vous pouvez faire" examinera en détail les différents types d'incapacité et les diverses méthodes de planifier et d'instituer des programmes dans un musée, quelle que soit sa dimension ou sa catégorie. Le thème commun qui se dégagera de chacune de ces sections est que les programmes et les locaux doivent être accessibles à tout le monde, aussi bien aux personnes valides qu'aux handicapés. La dernière section traitera de divers problèmes : l'attitude du public envers la personne handicapée, l'intégration comparée à la ségrégation, la "diffusion" et la publicité, et la formation du personnel.2
Il existe de nombreux types et degrés d'incapacité. Le nombre exact de personnes handicapées n'est pas connu actuellement mais on estime qu'elles représentent I à 20 pour cent de la population, selon la définition que l'on donne au terme "handicapé". Ces chiffres indiquent que les personnes handicapées constituent un groupe minoritaire très nombreux. Les causes d'incapacité sont diverses, et parmi elles nous citerons : les défauts de naissance et génétiques, certaines maladies débilitantes comme la dystrophie musculaire, la poliomyélite, l'arthrite, l'attaque et les maladies cardiaques, le grand âge et les accidents. Nous sommes tous susceptibles de devenir handicapés à un moment de notre vie. Nous donnons ci-dessous une liste de divers types d'incapacités qui peuvent se produire isolément ou en combinaison.
Non ambulatoire - ce terme s'applique aux personnes handicapées en permanence ou temporairement. Les incapacités de ce genre obligent les victimes à utiliser des fauteuils roulants.
Semi-ambulatoire - ce terme concerne les incapacités obligeant certaines personnes à marcher avec difficulté et à employer des cannes, des déambulateurs ou des armatures orthopédiques. Les personnes âgées tout particulièrement peuvent manquer d'équilibre ou éprouver des difficultés respiratoires et par conséquent être incapables de parcourir de longues distances.
Toutes les personnes à mobilité limitée ont le plus de difficultés avec les marches, les escaliers, les courbes, les surfaces inégales et les grandes distances à l'intérieur et à l'extérieur. Dans le musée leurs difficultés sont avant tout des problèmes de facilité de circulation.
Ce terme se rapporte à la cécité et aux altérations affectant la capacité de voir. Quatre-vingts pour cent des personnes enregistrées comme aveugles ou ayant des troubles de la vue conservent une vue résiduelle qui leur permet de distinguer les objets clairs et de grande dimension. Elles sont souvent capables de lire des textes en caractères grands et nets. Seuls 5 à 10 pour cent des aveugles sont capables de lire le braille. La privation de la vue toutefois rend les autres sens plus aigus parce qu'ils sont utilisés plus souvent et nécessitent des efforts accrus et une concentration plus grande. Les statistiques révèlent que 80 pour cent de l'apprentissage est facilité par le sens de l'ouïe (par exemple la conscience de l'espace). En outre le sens du toucher se perfectionne énormément et devient un des principaux modes de perception. Avec une canne, un chien dressé ou un compagnon capable de voir, un aveugle peut se rendre pratiquement partout oú le peuvent les personnes ayant une vue normale.
Ce terme décrit la surdité et les altérations qui affectent la faculté d'entendre. Pour certains la surdité est "l'incapacité qui impose le plus de restrictions" parce que la surdité totale isole du langage verbal et des sons. Ceci s'applique particulièrement aux personnes nées sourdes plutôt qu'à celles qui le sont devenues à cause d'une maladie, d'un accident ou du vieillissement. La grande majorité des sourds emploient des appareils acoustiques, mais certains ont appris à se servir de la lecture sur les lèvres ou du langage par signes manuels. Tous dépendent dans une grande mesure des communications écrites. Comme les oreilles et les mains qui deviennent des yeux pour un aveugle, les yeux d'un sourd deviennent des oreilles. Dans les deux cas si ces moyens différents utilisés pour "voir" et "entendre" sont supprimés, les communications sont coupées.
Le terme déficience mentale est difficile à définir car il dépend en grande partie de ce que l'on considère comme "normal" dans une société. La société canadienne juge les capacités intellectuelles d'après des facteurs comme l'éducation, la capacité de comprendre des concepts abstraits et la capacité de venir à bout de situations et de rapports sociaux compliqués. Avec son intelligence inadéquatement développée, le déficient mental est gravement handicapé dans sa capacité d'apprendre et de s'adapter aux exigences de la société de tous les jours.
Ce terme s'applique à un groupe spécifique de personnes avec différents types de difficultés dans le domaine de l'apprentissage. Ce terme exclut celles qui ont des difficultés d'apprentissage à la suite d'une déficience intellectuelle, d'altérations visuelles, auditives ou motrices, de troubles émotionnels ou d'un désavantage dû au milieu. Les personnes souffrant de difficultés d'apprentissage ont une intelligence moyenne à supérieure à la moyenne mais elles ne peuvent pas fonctionner à ce niveau à cause de difficultés perceptives, conceptuelles ou motrices. Comme exemples nous pouvons citer la dyslexie, l'hyperactivité et les troubles de la mémoire et de la pensée.
Cette brochure traitera également des personnes âgées en tant que groupe parce que la majorité des personnes handicapées ont dépassé 65 ans. Néanmoins nous voulons établir clairement qu'en soi l'âge ne peut en aucune manière être considéré comme un handicap. L'âge est un phénomène davantage physique que chronologique. Les personnes âgées peuvent être atteintes d'une des incapacités que nous venons de citer. Le processus naturel du vieillissement peut être soit la source du handicap, soit la raison de son aggravation. En général des endroits pour se reposer, des surfaces égales et aussi peu de marches et d'escaliers que possible aident les personnes âgées. Les programmes de diffusion sont particulièrement utiles pour les personnes âgées confinées chez elles ou placées dans un établissement.3
Pour un grand nombre d'entre nous qui avons peu ou pas du tout de contacts avec des handicapés, les termes "invalides" et "handicapés" sont des synonymes. La différence cependant est très importante. Les textes actuels définissent ces termes de la manière suivante :
"Une personne qui est Handicapé : s'applique aux personnes qui à cause d'altérations sont limitées ou restreintes quand elles doivent utiliser certaines techniques, effectuer certaines tâches, exécuter certaines activités ou certains mouvements, ou répéter certains modèles. L'incapacité peut provenir de l'altération d'un organe ou d'un membre. L'incapacité concerne habituellement les organes des sens et/ou les organes d'exécution comme les bras, les jambes et la langue, mais elle peut être également due à une altération mentale."
"Une personne qui est Invalide : concerne les personnes qui à cause d'incapacités sont défavorablement affectées du point de vue psychologique, émotionnel ou social; ce terme reflète une attitude d'apitoiement sur soi-même et de désespoir, ou peut-être encore une évaluation réaliste des barrières sociales ou physiques imposées par la société qui amplifie une incapacité existante et la transforme par conséquent en invalidité."4
Quelques exemples aideront à clarifier encore davantage cette distinction. Une personne dont la mobilité est limitée et qui doit se servir d'un fauteuil roulant est considérée comme handicapée. Elle devient invalide seulement lorsqu'elle se trouve devant une entrée ou un intérieur avec des escaliers mais sans rampe ni ascenseur. Il en est de même pour le daltonisme : il rend une personne handicapée lorsqu'elle ne peut pas distinguer certaines couleurs, mais il devient une invalidité seulement lorsque le besoin de différencier des couleurs devient essentiel. Il est important de ne jamais oublier que pour chaque type d'incapacité, l'attitude de la société envers la personne handicapée est un des principaux facteurs qui créent l'invalidité.
À ce stade, une des premières questions que le personnel du musée doit se poser est "Comment pouvons-nous espérer créer des programmes et des locaux qui bénéficieront effectivement à des personnes avec divers types et degrés d'incapacité?" Le problème ne semble pas trop ardu à première vue. Il faut tenir compte de facteurs comme le manque de personnel, un budget très restreint, un manque d'expérience dans les relations avec les personnes handicapées, et en général de nombreuses tâches quotidiennes. Cependant, avec l'aide et le soutien d'un personnel bienveillant disposé à transformer ce "problème" en un défi auquel il faudra s'attaquer de face et à raison d'une seule étape à la fois, il est possible de trouver une solution avec une facilité relative. Un point important dont vous devez tenir compte est que vous ne pouvez pas espérer rendre les programmes et les locaux de votre institut accessibles du jour au lendemain. Vous devez au contraire vous fixer un délai réaliste durant lequel vous pourrez peser soigneusement le problème et faire votre planification.
Vous avez besoin d'un plan clair et complet dès le départ. Vous devez prévoir une série de petites étapes à l'issue desquelles votre musée sera devenu accessible (aussi bien en ce qui concerne les locaux que les programmes). La liste ci-après vous aidera dans votre tâche. Il existe bien entendu d'autres méthodes de résoudre le problème de l'accessibilité.
La première étape consiste à vous réunir avec le personnel du musée et de brièvement identifier les sources d'ennuis potentiels pour les visiteurs handicapées. Votre liste de contrôle devrait comprendre les points suivants :
Une évaluation simple doit suffire pour identifier les obstacles et les possibilités. En même temps elle aidera à sensibiliser le personnel et les bénévoles à l'égard des handicapés.
Après l'évaluation préliminaire il vous semblera de plus en plus évident que vous avez besoin de renseignements de première main de la part des handicapés. L'étape suivante consistera à prendre contact avec les divers organismes d'aide aux handicapés de votre région. Nous pouvons citer les Barrier Free Design Consultants, les chapitres locaux de l'Institut national canadien pour les aveugles, la Marche des dix sous, l'Association canadienne de dystrophie musculaire, les sociétés pour les malentendants, les associations pour les déficients mentaux et divers foyers pour personnes âgées. Invitez des représentants de ces groupes et des personnes handicapées intéressées à faire partie de votre comité. En collaborant étroitement, le personnel du musée et les handicapés pourront identifier les problèmes et seront mieux préparés à suggérer des solutions viables pour leurs besoins particuliers respectifs.
Lorsque vous aurez constitué votre comité, rédigez une déclaration de principe claire et concise oú vous pourrez inclure les points suivants :
Les raisons pour lesquelles vous entreprenez cc projet. (Ce point doit intéresser le conseil des fiduciaires. Vous avez besoin de son plein appui pour chaque planification de programme.)
Les changements proposés à la suite desquels les handicapés participeront aux programmes au lieu être isolés dans des "programmes spéciaux".
Les mesures que vous proposez pour appliquer ces changements (p.ex. un certain nombre d'ajustements simples et bien planifiés à apporter aux programmes existants, enseigner des techniques au personnel pour aider les handicapés etc.)
Ce document sera extrêmement utile pour votre comité qui pourra consulter un certain nombre de ses points pendant toute la durée de votre projet.
Le comité devrait procéder ensuite à une évaluation en profondeur des installations du musée. Cette évaluation révélera le problème qui doit préoccuper le plus les deux groupes : l'accessibilité.5
* Remarque : les petits musées d'un comté ou d'une municipalité régionale pourraient avoir intérêt à s'unir pour constituer des comités consultatifs communs.
Le problème de l'accessibilité peut être divisé en deux parties principales : l'accessibilité matérielle et l'accessibilité aux programmes.
La majorité des musées de l'Ontario sont de petits établissements centrés sur la communauté. Ils ne disposent que d'un budget limité, et reçoivent des fonds de sources comme les gouvernements provincial et fédéral, la communauté locale, le prix des entrées et les donations. De nombreux conservateurs et directeurs estiment que l'installation de rampes ou d'ascenseurs pour les handicapés peut être coûteuse et que le prix peut dépasser le montant total de leur budget annuel. Les conservateurs des maisons historiques font remarquer qu'il existe ici un conflit entre leur tâche de prévoir un accès pour les handicapés, et celle de préserver l'intégrité des constructions historiques. À cet argument nous pouvons ajouter que l'accessibilité semble exiger énormément de travail pour n'atteindre en définitive qu'un nombre relativement restreint de personnes dans chaque domaine donné.
En dépit de ces objections très pertinentes, si le problème d'aboutir à l'accessibilité intégrale et généralisée doit être considéré comme un moyen de mettre votre musée à la disposition de tous les membres de la communauté, l'amélioration globale doit bien valoir cet effort supplémentaire. Voici quelques suggestions simples pour y parvenir et qui tiennent compte des problèmes cités plus haut :
d'abord et avant tout, une entrée accessible ou une entrée supplémentaire bien indiquée. Faites installer des rampes solides le long des marches, avec des bords en couleurs vives et contrastantes, ou délimités par des bandelettes texturisées. Installez une rampe d'accès si l'unique entrée comprend un escalier. Pour préserver l'intégrité architecturale, le personnel des lieux historiques pourrait étudier les solutions ci-après :
faire construire une rampe d'accès provisoire sur le côté ou à l'arrière de l'édifice (solution de compromis tenant compte à la fois du personnel et des handicapés);
si la différence de hauteur entre la première marche et le seuil n'est pas grande (p.ex. deux ou trois marches) vous pourriez égaliser le terrain à l'entrée ou l'aménager de manière à former un passage en pente douce;
installer un ascenseur électrique ou hydraulique. Un ascenseur électrique peut être installé sur les marches à une entrée de façade, latérale ou arrière, tandis qu'un ascenseur hydraulique doit être situé à côté de l'escalier. Cet appareil sera au même niveau du sol lorsqu'il n'est pas utilisé. Avec un peu d'imagination vous trouverez facilement une solution pour le masquer.
La pente des voies d'accès ne peut pas dépasser 2,54 cm (I po) pour chaque longueur de 30,48 cm (12 po). Prévoyez une main courante à un côté, et de préférence aux deux, à une hauteur de 81,28 cm (32 po). La largeur des rampes d'accès doit être suffisante pour un fauteuil roulant. Le prix de leur construction dépendra de chaque édifice et des circonstances. Dans la plupart des cas il sera relativement facile d'en construire en bois, en métal ou en un autre matériau solide et léger. Des surfaces antidérapantes (p. ex. des bandelettes texturisées) sont essentielles. Indiquez clairement l'emplacement des rampes d'accès au moyen de signes bien en évidence, particulièrement si elles sont à l'arriéré ou sur le côté d'un édifice. Les frais d'entretien ne seront pas les mêmes en hiver qu'en été, et vous devrez en tenir compte. Afin de réduire les frais vous pourriez envisager de faire de ceci un projet pour les boy-scouts de la localité, un centre pour personnes âgées, un centre de réadaptation, une classe technique de l'école secondaire locale, ou un autre organismes avec des bénévoles. Avant d'entreprendre des travaux il vous faut un permis de construire. Il est essentiel de consulter le Service des constructions de votre localité ou un expert de la région pour vérifier les spécifications et les plans. Si vous faites construire les rampes d'accès par des bénévoles, ils n'accompliront non seulement un travail communautaire combiné, mais vous créerez pour votre musée l'image d'un établissement qui cherche à servir la communauté entière.
L'éclairage extérieur est très important, surtout le soir. Vous pouvez faire installer des lampes à certains endroits de manière qu'elles dirigent leur lumière vers les marches et les rampes d'accès, ce qui représente l'avantage supplémentaire d'être une mesure de précaution.
Des emplacements réservés pour le stationnement sont extrêmement utiles. Prévoyez une largeur appropriée et signalez-les au moyen d'un symbole international d'accessibilité.
Si votre musée comporte plus d'un étage, la meilleure solution sera bien entendu d'installer des ascenseurs, mais elle n'est pas la seule. Une solution possible est "une autre forme d'interprétation" pour vos emplacements inaccessibles sous forme d'une séance audiovisuelle, de maquettes, d'une série de grandes gravures en couleurs, d'un exposé, peut-être complétés par des objets fabriqués que présenterait un interprète.
L'espace dans les zones des vitrines ou des expositions devra être suffisant pour que l'on puisse facilement faire tourner et manoeuvrer un fauteuil roulant. Pour pivoter de 180 degrés, un fauteuil roulant a en moyenne besoin de 1,64 mètres (5 pi 5 Po).
Les sols devront être antidérapants (c'est-à-dire recouverts d'un tapis à tissage serré) pour que les fauteuils puissent se déplacer sans déraper et pour prévenir les chutes des personnes marchant en s'aidant d'une canne ou de béquilles.
Les toilettes devraient avoir au moins une cabine suffisamment large et profonde pour qu'un fauteuil roulant puisse y entrer et y tourner. Faites équiper cette cabine de barres de soutien, et les urinoirs également. Faites installer ces barres de soutien à la hauteur exacte. N'oubliez pas l'espace dont la porte a besoin pour s'ouvrir, et faites placer des serrures. Installez l'évier de manière qu'une personne dans un fauteuil roulant puisse l'utiliser facilement. Indiquez clairement les toilettes avec le symbole international d'accessibilité. Prévoyez également au moins un jet d'eau potable à l'intention des personnes en fauteuil roulant.
Vous n'aurez pas trop de difficulté pour adapter les salles de documentation aux besoins des handicapés. Vous trouverez peut-être un bénévole que vous pourriez avertir chaque fois suffisamment à l'avance et qui aidera les handicapés à examiner les tiroirs du catalogue, à manipuler les livres pesants etc.
Une signalisation appropriée est indispensable, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les symboles internationaux d'accessibilité ne suffisent pas. Tous les signes doivent indiquer ce qui est accessible et oú.
Après avoir résolu les problèmes de l'accessibilité matérielle, vous aurez achevé la partie la plus difficile de votre tâche. Rendre les programmes accessibles est un autre problème, mais cette fois vous devrez faire appel à vos talents créatifs. La diversité des méthodes et des programmes que vous pouvez planifier et instaurer pour votre musée est infinie.
Le meilleur point de départ serait peut-être de commencer avec vos propres interprètes, qui peuvent également être une de vos meilleures sources de renseignements. Par exemple ils seront très probablement déja habitués à adapter leurs présentations aux différents groupes d'âge. Une grande partie des musées communautaires ont fait savoir qu'ils employaient déjà cette méthode pour les visiteurs avec des retards mentaux ou des difficultés d'apprentissage. Avec un supplément de formation (peut-être offerte par des personnes handicapées faisant partie de votre comité consultatif) les interprètes pourraient organiser des visites instructives et stimulantes pour les aveugles et les sourds. Les petits musées pourraient former un ou peut-être deux interprètes pour les groupes de personnes à besoins spéciaux. II n'est toutefois pas déraisonnable que le musée demande d'être averti suffisamment à l'avance en cas de visites de ce genre.
Une des clés du succès pour ce genre de projet se trouve dans la communication :
entre les membres du personnel du musée pour qu'ils apprennent à connaître les divers problèmes
entre le musée et la communauté des handicapés pour qu'ils fassent connaître leurs besoins spéciaux
dans la communauté même au sujet de son devoir d'aider le musée moralement et financièrement.6
Voici quelques sujets de réflexion pratiques qui peuvent vous être utiles lorsque vous planifiez des programmes et des expositions à l'intention des handicapés.
Nous avons déja discuté de la plupart des besoins des personnes à mobilité limitée en ce qui concerne l'accessibilité matérielle (p. ex. des places réservées dans les stationnements, une entrée accessible, les toilettes, des voies d'accès sans obstruction.)
Toutefois lorsque vous organisez des expositions et des présentations, n'oubliez jamais que le niveau de l'oeil d'une personne dans un fauteuil roulant et la portée qu'elle peut atteindre diffèrent considérablement de ceux d'une personne qui se tient debout. Vous devrez donc en tenir compte pour la hauteur et la position des vitrines et des étiquettes. La lumière provenant de certaines espèces de verre peut éblouir et rendre les étiquettes pratiquement impossibles à lire. Placez donc les étiquettes de manière à éviter cet inconvénient. Une méthode réaliste pour résoudre les besoins différents des personnes debout et de celles dans des fauteuils roulants est de placer des objets à des hauteurs différentes. Aucun groupe ne sera ainsi obligé de se tendre ou de se baisser outre mesure pour regarder à l'aise les objets exposés. Ce petit détail profitera également aux personnes âgées, à celles dont la vue est limitée et aux enfants.
Les interprètes veilleront à parler d'une voix forte et claire car il est souvent difficile d'entendre lorsqu'on est assis quelques pouces plus bas que la personne qui parle. Faites installer à une bonne hauteur au moins un téléphone public; votre compagnie de téléphone locale ne vous demandera qu'un prix modique pour installer un appareil à un niveau plus bas. Par ailleurs si vous n'avez qu'un seul téléphone et que celui-ci est placé sur le comptoir de la réception, vous pourriez le munir d'une rallonge.
Pour finir, il serait extrêmement utile que le personnel sache comment fonctionne un fauteuil roulant. Vous devriez également expliquer au personnel et aux bénévoles les politiques du musée sur la manière d'aider les personnes handicapées.
Nous avons déja mentionné que seul un petit pourcentage de personnes classées comme aveugles le sont complètement. Par conséquent vous aurez affaire le plus souvent à des personnes ayant une vue résiduaire. Faites donc placer les sources de lumière à des hauteurs adéquates, particulièrement dans les endroits comme les entrées, les couloirs et les cages d'escalier. Les normes de la conservation exigeront des degrés de luminosité spécifiques dans les endroits d'exposition. Vous pourriez toutefois installer certains accessoires pour atténuer ce problème comme par exemple un interrupteur à côté d'une exposition pour intensifier temporairement l'illumination. De petits lampadaires comme ceux que l'on voit dans les théâtres peuvent être efficaces pour illuminer le sol et en même temps éviter de projeter une lumière non désirée sur les objets exposés.7
En général, exposez vos objets de manière qu'ils se détachent sur un fond nettement contrasté. II pourrait être utile d'acheter une ou deux loupes qui serviront à examiner les détails subtils. Vous avez ensuite le problème des étiquettes. Faites imprimer des caractères nets et gras sur une surface non réfléchissante. Des lettres noires sur un fond blanc ou blanches sur un fond noir sont recommandées; sur du beige et certaines nuances de brun les lettres blanches sont très difficiles à lire. Les lettres doivent avoir environ 5/8 po de hauteur. Certaines écoles ou bibliothèques locales possèdent des machines à écrire avec des caractères de grande dimension qu'elles pourraient mettre de temps à autre à votre disposition. Placez les étiquettes de manière qu'on puisse les lire facilement.
Étant donné que seul un petit nombre d'aveugles est capable de lire couramment le braille, votre musée pourrait vérifier s'il existe une demande pour ce service. Dans ce but adressez-vous au bureau local de l'Institut national canadien pour les aveugles qui vous renseignera. II possède l'équipement nécessaire pour produire des textes en braille, et le fera gratuitement ou pour un prix modique selon la quantité de travail.
Un autre domaine dont il faudra tenir compte est celui des objets en saillie, des portes de verre et des changements abrupts dans le niveau du sol, qui tous représentent des risques potentiels. Faites installer des revêtements de sol en matériau différent qui serviront de bandes d'avertissement dans les zones à circulation libre et autour des expositions et des objets dangereux. Faites munir toutes les cages d'escalier de mains courantes adéquates et de bandes aux couleurs vives.
Quand l'interprète guide une visite, il peut aider la personne à la vue déficiente à s'orienter en décrivant la fonction de la pièce et la disposition de la salle ainsi que quelques-uns des objets qui s'y trouvent. Vous pourriez peut-être préparer quelques objets que la personne pourrait examiner au toucher. Si vous n'avez pas d'interprète, vous pourriez présenter une série de grandes photographies en couleurs d'intérieurs de salles avec des photos en gros plan d'objets choisis et de détails, et compléter cette autre forme d'interprétation par des enregistrements sur cassette ou peut-être par des affiches avec des textes imprimés en caractères gras et noirs. Dans ce cas n'encombrez pas le texte de trop de renseignements. Employez plutôt des phrases et des alinéas courts et concis, et placez le texte légèrement plus haut que la vue et sous un bon éclairage.
Les expositions "au toucher" ou "pratiques" dans les musées sont un moyen éducatif nécessaire pour les aveugles et les handicapés de la vue. Elles constituent également une intéressante forme d'apprentissage pour les autres visiteurs de tous les âges. Le sens du toucher permet d'apprendre énormément comme par exemple la forme, la dimension, le poids et la texture.
Le conservateur décide en dernier ressort des objets qui conviennent aux expositions tactiles. Comme critères de sélection il utilisera certains facteurs comme les normes de conservation, les règlements de sécurité et la possibilité de communiquer un thème déterminé. Les objets utilisés peuvent comprendre certains genres de sculptures de pierre, de céramiques et de meubles. Pour d'autres articles de votre collection vous pourriez consulter un restaurateur sur la manière de les protéger pour les rendre appropriés à la manipulation. Vous pourriez envisager des répliques, ou peut-être des reproductions, mais à condition que ce ne soient pas des reproductions de l'exposition entière. Montez les objets en tenant compte de la sécurité, en prenant soin d'éviter qu'ils aient des bords aigus et des pointes. Encore une fois, si vous disposez d'interprètes, faites-leur employer des mots et des phrases concrets qui transmettent des perceptions exactes. Les couleurs et les détails subtils sont particulièrement importants pour les aveugles de naissance. Demandez aux visiteurs d'enlever leurs bagues, bracelets et montres quand ils manipulent des objets.
Pour les expériences "pratiques" vous pourriez recourir à certains thèmes comme une cuisine de nos grands-mères, des jouets d'autrefois ou des instruments musicaux d'un groupe ethnique ou d'un pays particulier. Comme autres idées intéressantes pour des expositions nous pouvons suggérer des dessus de table à compartiments, chaque compartiment contenant un objet apparenté à un thème commun, ou pareillement, un élément mural "Découverte". Le principe de base est le même pour les deux parce que vous pouvez utiliser des objets à deux ou à trois dimensions caractérisés par des textures intéressantes. En outre dans ce genre d'exposition le visiteur aura un plus grand sentiment d'indépendance parce qu'il lui est permis de faire lui-même des expériences.
Pour terminer, les expositions tactiles sont plus proches d'une étape des expositions "multisensorielles". Ce terme se rapporte à une idée relativement nouvelle dans la conception des expositions qui offre la possibilité d'utiliser d'autres sens (p. ex. tactile, olfactif et auditif). Vous aurez ainsi un musée qui ne se limite plus aux visites utilisant le seul sens de la vue, mais qui réussit a stimuler d'autres modes de perception. Vous créerez donc une expérience satisfaisante et bénéfique pour tous les visiteurs.
Les malentendants et les sourds peuvent communiquer efficacement par l'épellation digitale, le langage par signes manuels, la lecture sur les lèvres et souvent par la parole. Les sourds de naissance tendent à se former des idées en recourant à des images plutôt qu'à des séries de mots. Les sourds qui ont appris à parler acquièrent souvent le talent de lire sur les lèvres, ou peuvent avoir besoin d'être aidés par des documents écrits. Il est important de se rappeler que ceux qui sont incapables d'entendre sont obligés de faire davantage appel au sens de la vue.
Par conséquent, lorsqu'ils guident des groupes avec des personnes à ouïe limitée, les interprètes doivent :
Ces suggestions élémentaires seront utiles pour ceux qui lisent sur les lèvres et ceux qui emploient des appareils acoustiques.
Pour guider un tour comprenant des sourds, la meilleure solution consiste à recourir à des interprètes utilisant des signes. Si vous en avez un à votre disposition ou si vous pouvez prendre des arrangements pour en obtenir un, il est recommandé de lui faire répéter le texte en compagnie de l'interprète du musée avant la visite. Durant l'exposé ils devraient rester l'un à côté de l'autre à proximité du lieu de l'exposition. Encore une fois, demandez au guide du musée de parler lentement et d'essayer de se concentrer sur les détails importants. Les idées abstraites sont difficiles à traduire par des signes mais peuvent être expliquées en termes d'objets concrets et d'actions, ou être épelées par les doigts. Une présentation ne devrait pas durer plus d'une demi-heure.
Comme pour tous les tours, encouragez les visiteurs à poser des questions. Ceux qui ont appris à parler sans jamais avoir entendu le son de leur propre voix peuvent être difficiles à comprendre. Ayez de la patience! Répétez les questions pour que tout le groupe les comprenne et quand vous répondez, adressez-vous au groupe entier. Un crayon et du papier ou un tableau a feuilles mobiles sont utiles pour les mots et les phrases difficiles. Il peut également être intéressant de distribuer de la documentation écrite expliquant les points principaux de l'exposé.
Les présentations audiovisuelles avec des sous-titres sont un autre moyen efficace pour décrire votre collection. Des diapositives séparées avec un texte descriptif sont encore plus pratiques. Vous pouvez les insérer soit avant chaque image, soit choisir une description qui s'applique à une série de deux ou trois diapositives. Les diapositives avec un texte sont très faciles à réaliser et ne coûtent pas cher. Vous pouvez par exemple écrire votre texte sur un panneau perforé ou un fond similaire en employant des lettres en plastique de couleur contrastante, et le photographier ensuite. Vous pouvez également imprimer vos propres affiches au moyen d'un crayon feutre et de papier bristol. La meilleure manière de les présenter est d'utiliser deux projecteurs qui montreront le texte et l'image l'un à côté de l'autre. Prévoyez suffisamment de temps pour que le public puisse lire le texte et y prendre intérêt.
Pour finir, installez un ou plusieurs téléphones à réglage de puissance au comptoir de réception ou dans un endroit réservé à la détente.
Quand vous mettez au point des programmes destinés aux personnes avec un handicap intellectuel ou des difficultés d'apprentissage, vous auriez intérêt à prendre contact avec les organismes de votre région qui travaillent pour et avec ces personnes. Ils peuvent vous offrir des suggestions intéressantes concernant le genre, la durée et le sujet d'un programme approprié. Lorsque vous aurez pris votre décision, demandez à un membre du personnel ou à un bénévole de prendre contact avec le groupe. Ce contact peut avoir un objectif double :
Comme les personnes ayant un handicap intellectuel ont un champ de l'attention limité et sont facilement distraites, prévoyez des présentations relativement brèves (p. ex. 15 a 20 minutes). Si le groupe est nombreux, nous pouvons suggérer de le diviser en groupes d'environ 6 a 10 personnes au maximum. Vous augmenterez ainsi l'interaction personnelle et l'attention.
Certaines personnes ayant des difficultés d'apprentissage peuvent également éprouver des difficultés pour se concentrer pendant un temps suffisamment long, et d'autres des difficultés pour rassembler des idées formant un tout cohérent. Concentrez vos présentations autour d'un petit nombre d'objets. Répétez fréquemment les mots et les phrases clés. Pour la discussion, choisissez des objets et des sujets se rapprochant autant que possible de leur propre monde d'expérience. Vous pouvez utiliser à cet effet des présentations ressemblant à des récits qui leur rappellent leurs activités quotidiennes. Essayez d'éviter des termes abstraits (p.ex. des unités de temps) car la capacité des handicapés intellectuels de former des concepts est plutôt limitée.
Les démonstrations sont une excellente manière pour enseigner une leçon ou un talent, surtout si les visiteurs ont le droit de participer. Les handicapés intellectuels et ceux qui ont des difficultés d'apprentissage peuvent apprendre particulièrement bien s'ils sont dans des situations qui exigent qu'ils emploient le plus grand nombre de sens possible. Par exemple une petite séance ayant comme centre d'intérêt des instruments musicaux est idéale car elle fait appel aux sens de la vue, du toucher et de l'ouïe. Les objets destinés aux expériences pratiques doivent être en matériaux durables et dépourvus de pointes et de bords aigus. Ne négligez jamais les éloges et les encouragements.
Pour conclure, ne perdez jamais de vue que ces personnes sont en train de s'ajuster a un milieu nouveau. Vos résultats seront par conséquent nettement meilleurs si vous offrez une série de visites plutôt qu'une seule.
Toutes les mesures que vous avez prises pour les genres d'incapacités dont nous venons de discuter peuvent en général bénéficier également aux personnes âgées. Nous citerons entre autres :
Vous pourriez songer à organiser des programmes spéciaux autres que les visites habituelles à votre musée, qui pourraient par exemple prendre la forme de programmes de "diffusion" ou d'extension comme des expositions ou des conférences itinérantes données par un membre de votre personnel. Les objets de votre collection peuvent devenir d'utiles accessoires d'enseignement pour illustrer les conférences. Ce genre de service sera particulièrement apprécié par les personnes incapables de se déplacer. Rappelez-vous toujours que les personnes qui vivent depuis longue date dans votre communauté peuvent souvent "remplir des trous" car elles connaissent des renseignements particulièrement importants pour l'histoire et les traditions folkloriques de la région. En leur donnant l'occasion et en les encourageant ils pourraient avoir envie de participer activement et diriger une discussion. Celles qui sont capables de se déplacer pourraient se préparer à présenter des conférences dans votre établissement ou dans un autre centre pour personnes du troisième âge. Vous pourriez en outre trouver des personnes âgées désireuses de contribuer en qualité de bénévoles.8
Nous avons déjà fait remarquer que ce sont les attitudes qui peuvent dans une grande mesure déterminer si une personne est "handicapée" ou "invalide". En examinant l'origine du terme "handicap" et certains des facteurs qui ont contribué à former l'image stéréotypée du handicapé, nous réussirons peut-être à mieux comprendre ce problème. Le mot "handicap" est d'origine anglaise. Il s'appliquait autrefois à la personne qui mendiait dans la rue avec la casquette à la main ("cap in hand"), d'oú le mot "handicap". Les idées négatives rattachées à ce terme donnèrent lieu à diverses attitudes et conceptions erronées. De plus, ces idées négatives peuvent être considérées comme un des facteurs sous-jacents qui ont contribué à susciter une grande partie des attitudes négatives et des préjugés contre les handicapés.
Certains autres facteurs qui se sont révélés des causes importantes des vies "invalides" se combinent pour renforcer et perpétuer les images stéréotypées. Un de ces facteurs est le manque de connaissances précises sur un handicap (qu'il soit mental ou physique) comme par exemple ses causes, ses conséquences et son traitement. Face à cette ignorance nous sommes impuissants lorsque nous tentons de modifier ces attitudes. Le second facteur qui résulte directement du premier est celui des renseignements erronés qui nous mènent à nous faire éprouver des sentiments de préjugés et de crainte. De préjugés en ce sens que nous sommes forcés de traiter avec des personnes "anormales", et de crainte parce que nous ne savons pas comment entretenir des relations avec les handicapés. Par conséquent c'est cette absence de renseignements et de connaissances exacts qui renforce les concepts déformés concernant les handicaps. L'image traditionnelle d'une personne handicapée -- celle d'une personne qu'il faut négliger, éviter, traiter avec indifférence ou, pire encore, envers laquelle il faut montrer de la pitié ou de la condescendance -- est une image qui devient notre point de vue commun.
Il convient donc de sensibiliser le public envers les besoins et les capacités des handicapés. Une méthode pour y parvenir est de donner des renseignements plus exacts. S'attaquer aux conceptions erronées qui entourent les personnes handicapées contribuera également à modifier l'attitude du public. Le musée a un rôle d'éducateur qui ne cesse de s'étendre, et ce rôle peut devenir important dans cette évolution. II pourrait par exemple organiser une exposition ou donner une série de films pour répandre des renseignements sur les causes et les conséquences des divers handicaps existants.9
Nous avons donc besoin de davantage d'études précises sur tous les handicaps. C'est seulement alors que ce segment de la société sera pleinement compris et accepté par le segment dit "normal".
L'attitude du personnel d'un musée est extrêmement importante si nous voulons que les programmes pour les handicapés atteignent leur but. Avant tout, les employés doivent apprendre à distinguer les handicaps et à éviter de créer des situations "handicapantes" pour ce genre de visiteurs.
Malheureusement certains employés sont incapables de voir ce qui se passe au-delà des handicaps intellectuels ou physiques, ou sont mécontents parce qu'ils doivent consacrer leur temps aux programmes pour les handicapés. Ces employés ne devraient jamais participer à ces programmes car les handicapés se rendent parfaitement compte que ces attitudes existent. Pareillement d'autres employés ont tendance à se montrer timides, embarrassés ou trop empressés pour aider et ne savent pas comment s'y prendre. Le personnel des organismes qui travaillent pour et avec les handicapés peut donner des renseignements utiles sur ces problèmes et vous avez intérêt à le consulter.
Un des principaux problèmes que les musées doivent résoudre est celui qui part de l'hypothèse que les handicapés ont besoin d'expositions "spéciales". En créant des expositions uniquement a leur intention, nous aidons en fait à renforcer et à maintenir l'image stéréotypée des handicapés, notamment qu'ils sont "différents" et qu'il leur faut par conséquent des locaux distincts. Cette attitude ne se limite en aucune manière aux musées, mais elle est
"...un désir que la société a hérité et qui l'incite à isoler, traiter "différemment" et "spécialement' ceux qui ne sont pas "normaux"; il s'agit toutefois d'une attitude qui est actuellement combattue comme moralement discutable et coûtant très cher parce qu'elle nous amène à négliger les capacités intellectuelles et productives d'un grand nombre de personnes."10
Pour les éducateurs et créateurs des musées confrontés au problème de la ségrégation, la solution peut-être la meilleure et la plus viable est de :
Cette méthode permettra d'intégrer les besoins des handicapés dans le cadre général des besoins de tous. Elle est conforme à la méthode moderne d'aborder le problème des handicapés, qui consiste à décourager autant que possible les installations spécialisées et qui exige le libre accès aux institutions et aux programmes.
Après avoir rendu accessibles vos installations et vos programmes, votre prochaine tâche importante consiste à encourager les gens à participer. Rappelez-vous que les handicapés peuvent avoir été empêchés de visiter votre musée à cause de son inaccessibilité, ou tout simplement parce qu'ils ne savaient pas que le musée était accessible, à cause du manque de publicité. Comme le Dr Kenney le fait remarquer, c'est peut-être cette raison qui explique pourquoi si peu de handicapés visitaient les musées autrefois. La publicité est capitale. Ne prenez pas pour acquis que les handicapés viendront automatiquement. Une longue expérience leur a appris que les endroits publics sont pour la plupart inaccessibles sauf s'ils ont été conçus spécialement.
Une campagne publicitaire efficace peut prendre diverses formes. Par exemple si votre musée dispose de brochures imprimées, faites-y imprimer le symbole international de l'accessibilité. Indiquez les divers services disponibles et ceux que vous pouvez offrir comme par exemple les expositions tactiles, les enregistrements sur cassette et les toilettes accessibles. Dans tous vos avis et renseignements imprimés, indiquez comment que votre musée est accessible.
Un autre moyen de faire de la publicité pour votre musée consiste à entrer personnellement en contact avec des agences et des organismes qui travaillent pour et avec les handicapés. Un grand nombre de ceux-ci ont des bulletins, des réunions régulières et des services de renseignements. Ils peuvent vous aider à distribuer les informations. Profitez des reportages gratuits d'événements et de services publics offerts par les stations locales de télévision et de radio. Explorez également la possibilité de recourir à des journaux et des bulletins.
Vous pourriez également étudier la possibilité d'instaurer un programme d'extension afin d'atteindre la communauté. Pour réduire les frais il pourrait être plus pratique d'envoyer une personne du musée à un centre plutôt que de faire venir tout un groupe au musée. Cette méthode représente plusieurs avantages.
Elle crée un premier contact avec des objets -- et peut-être avec des concepts -- inhabituels, dans le cadre de la sécurité d'un milieu familier.
La transition de la visite proprement dite au musée peut être nettement plus facile après un contact personnel (tout particulièrement pour les groupes d'aveugles et de handicapés intellectuels).
Vous pourriez ainsi éviter les problèmes du transport en groupe.
Jusqu'à présent nous avons discuté de la responsabilité du musée d'offrir des programmes et des installations accessibles. Toutefois, quel que soit le programme, son efficacité dépend non seulement de l'attitude positive du personnel du musée, mais également de la collaboration des handicapés. Ceux-ci doivent être disposés à aller vers vous et à participer. II pourrait donc être très constructif que le personnel du musée communautaire demande ce que les handicapés pourraient faire pour lui, et qu'il fasse ensuite faire le nécessaire pour leur donner l'occasion de le réaliser. À cause de la nature de sa tâche, le musée est en excellente posture pour employer des handicapés, car la plupart des travaux ne sont pas fatigants et ne demandent pas de grands efforts physiques. Il pourrait leur confier certains travaux rémunérés ou à effectuer bénévolement comme par exemple :
En outre un nombre significatif de directeurs et conservateurs de musées communautaires ont fait savoir que la pénurie de personnel était un des principaux obstacles qui les empêchaient d'offrir des installations et des programmes pour les handicapés.11 En recourant à leurs services, le musée peut trouver une solution à son problème et en même temps leur offrir un débouché créatif.
Quelle que soit son importance, toute institution a besoin d'un personnel bien formé pour être capable de fonctionner efficacement. Ce personnel est aussi important que les changements que vous entreprendrez dans les installations et les programmes.
Il pourrait être très utile que les employés et les bénévoles se familiarisent avec les différents types d'invalidités et qu'ils sachent comment les handicaps peuvent affecter leurs visiteurs. À cet effet le personnel pourrait assister à des réunions ou des conférences patronnées par des organismes d'aide de la région. Vous pourriez demander à des représentants de ces organismes ou à des handicapés de diriger des séminaires, ou bien demander à quelqu'un du musée s'il n'a pas un ami ou un parent disposé à parler a votre groupe. Les films également peuvent servir à instruire. II serait peut-être utile d'organiser une série de conférences avec une séance pour chaque type particulier de handicap. En même temps votre personnel pourrait également apprendre certaines techniques fondamentales de communication qu'il pourra utiliser pour certains groupes comme les aveugles, les sourds ou les handicapés intellectuels.
L'objectif de cette brochure est de sensibiliser les travailleurs des musées aux besoins et aux difficultés des handicapés dans la mesure oú ils concernent le milieu des musées. Manifestement les deux principales barrières pour les handicapés sont celle de l'aménagement matériel (c-à-d. la conception architecturale) et celle de l'attitude. Les différentes méthodes pour résoudre ces problèmes que nous avons suggérées ici pour rendre votre établissement accessible peuvent devenir un défi important et gratifiant pour tous les intéressés. Les employés des musées communautaires auraient intérêt à examiner avec soin ce qu'ils peuvent faire selon les circonstances qui leur sont particulières. Ils devront ensuite dresser un plan d'action et l'appliquer. Pour vous aider à atteindre votre objectif vous devriez agir en plusieurs étapes :
Étape 1 : procéder à une évaluation préliminaire des obstacles et des possibilités dans votre établissement
Étape 2 : entrer directement en contact avec des organisations d'aide et des personnes handicapées pour déterminer les principaux problèmes
Étape 3 : rédiger une déclaration de principe claire et concise
Étape 4 : faire une évaluation en profondeur des programmes et les appliquer
En résumé, les principaux problèmes que vous devez examiner pour essayer de rendre votre musée accessible sont les suivants :
Le problème de l'accessibilité complète doit être considéré comme une occasion de créer des dimensions nouvelles et intéressantes pour tous les visiteurs. Un défi que vous devez relever!
Harney, Andy Leon, éd. Trends for the Handicapped. Washington, D.C. : National Park Service (juillet, août et septembre 1974).
Inglis Robin. "Editorial - Museums and the Handicapped." Gazette, Vol. 11, no 3 (été 1978), pp. 2-5.
James, Marriana S. "One Step at the Time." History News, Vol. 36, no 7 (juillet 1981), pp.10-15.
Kenney, Alice P. Access to the Past. Nashville : American Association for State and Local History, 1980.*
Molloy, Larry. "The Case for Accessibility." Museum News, Vol. 55, no 3 (1977), pp. 15-17.
Museum, Vol. 33, no 3 (1981) (numéro entier).*
Museums and the Handicapped. Leicester : Leicester Museums, Art Galleries and Record Services, 1976.*
Snider, Harold. "The Inviting Air of an Accessible Space." Museum News, Vol. 55, no 3 (1977), pp. 19-20.
Willard, Doris. Becoming Aware - a Handbook for Leaders Working with Disabled Children. Burlington : Department of Recreational Services (1978).
* Ces ouvrages sont une source de documentation particulièrement intéressante que vous devriez avoir dans votre bibliothèque d'ouvrages de référence.
Bardt-Pellerin, Elizabeth. "An Experiment : Guiding Handicapped Children in the Museum." Gazette, Vol. 14, nos 1-2. (1981), pp. 18-30.
Callow, Kathy. "Museums and the Disabled", Museums Journal, Vol. 74, no 2 (septembre 1974), pp. 70-72.
Kenney, Alice. "a Test of Barrier-Free Design." Museum News, Vol. 55, no 3 (janvier-février 1977), pp. 27-29.
"Museums from a Wheelchair", Museum News, vol. 53, no 4 (décembre 1974), p. 14-17.
Calhoun, Sallie. "On the Edge of Vision." Museum News, Vol. 52, no 7 (1974), pp. 36-41.
Cronk, Michael Sam. "Blindness and the Museum Experience." Museum Quarterly, Vol. 12, no 3 (septembre 1983), pp. 13-15.
Rowan, M.B. et Rogow, S. "Making Museums Meaningful for the Blind." Gazette, Vol. 11 (1978), pp. 36-41.
Smith, James Ford. "a Sense of Touch." Museums Journal, Vol. 83, no, 2-3 (septembre-décembre 1983), p. 143.
Smith, Patricia Scherf. "Commentary - Against Segregating the Blind." Museum News, Vol. 55, no 3 (1977), pp. 10-11.
Watkins, Malcolm J. "a Small Handling Table for the Blind. "Museums Journal, Vol. 75, no 1 (1975), pp. 29-30.
Sutherland, Mimi. "Total Education." Museum News, Vol. 55, no 3, (janvier-février 1977), pp. 24-26.
Tennenbaum, Paula. "Soundtracks - Intern Develops New Audiences." The Museologist, Vol. 46, no 167 (printemps 1984), pp. 8-10.
Thomas, Marion Gill et Fontain, John H. "Art and the Mental Retardate." Museum News, Vol. 41, no 3 (novembre 1962), pp. 15-24.
Ouertani, Mayla. "a New Source of Hope : a Scheme for Mentally Handicapped Children in Tunisia." Museum, Vol. 33, no 3 (1981), pp. 172-174.
Steiner, Charles. "Reading the Mentally Handicapped." Museum News, Vol. 5é, no 6 (juillet-août 1978), pp. 19-23.
Carter, John. "Senior Citizens Can Visit and Participate as Volunteers.' Especially for Seniors, (hiver 1984), p. 6.
Sunderland, Jacqueline. "Museums and Older Americans." Museum News, Vol. 55, no 3 (janvier-février 1977), pp. 21-23.
Tepper, Leslie. "Museums and Senior Citizens : An Example of Special Needs Programming." Gazette (printemps 1982), pp. 19-27.
T.V. Ontario. Handicaps et éducation spéciale - Une liste choisie de documents vidéo.
Willard, Doris. Becoming Aware - a Handbook for Leaders Working With Disabled Children. Burlington : Department of Recreation Services, 1978. La bibliographie comprend une liste de films que l'on peut obtenir auprès de divers organismes de l'aide. La plupart de ces films sont gratuits.
Canadian Hearing Society
60, Bedford Road
Toronto (Ontario)
M5R 2K2
Tél. (416) 965-9595
Institut national canadien pour les aveugles,
Direction de l'éducation publique et de la défense des droits,
1929, avenue Bayview
Toronto (Ontario)
M4G 3E8
Tél. (416) 486-2656
Association pour l'integration communautaire de l'Ontario,
240 Duncan Mills Road, Ste. 403
North York, Ontario
M3B 1Z4
Tel.: (416) 447-4348
Le ministère de la Culture et des Communications adresse ses remerciements aux personnes et organismes ci-après qui ont aidé à rédiger cette Note pour les musées :
Dr Alice P. Kenney; Mme Beryl Potter; Mlle Halya Kluchko; The Bob Rumball Centre for the Deaf; Barrier-Free Design Centre, service de l'Association canadienne de dystrophie musculaire; l'Institut national canadien pour les aveugles; l'Association de l'Ontario pour les déficients mentaux; The Canadian Hearing Society; le Secrétariat pour les personnes handicapées; le ministère de l'Ontario des Affaires civiques, de la Culture et des Loisirs.
L'intervention du gouvernement fédéral américain a incité les musées et d'autres établissements cultures à accélérer leurs travaux destinés à les rendre plus accessibles pour les handicapés. Les articles 503 et 504 de la loi applicable valent particulièrement la peine d'être notés. Pour ce qui concerne les musées, ces ramifications ont fait l'objet d'une discussion approfondie. Consultez à ce sujet Larry Molloy, "The Case for Accessibility", Museum News, vol. 56, no 3 (1977), p. 15-17; Harold Snider, "The Inviting Air of an Accessible Space", Museum News, vol. 55, no 3 (1977), p. 19-20.
Pour rédiger cette brochure nous avons rassemblé une partie des renseignements grâce à un questionnaire ayant pour modèle celui d'une enquête antérieure effectuée aux États-Unis par le Dr Alice P. Kenney (Access to the Past, Nashville: American Association for State and Local History, 1980), une des principales autorités dans le domaine de l'accessibilité des musées. Son livre a servi en grande partie à rédiger cette publication, particulièrement pour ce qui concerne les chapitres 1 et 2.
Les questionnaires avaient été envoyés par la poste a cent musées communautaires de la province. La réaction a été extrêmement positive, 70% des questionnaires ayant été renvoyés. Ces réponses indiquent que les musées communautaires de l'Ontario savent que ces besoins et ces problèmes doivent être résolus. Si l'enquête ne peut prétendre être complète, elle était suffisamment faite au hasard pour permettre d'identifier certaines tendances.
Dr Alice P. Kenney, Access to the Past, cité ci-dessus (p. 4-7).
Les définitions figurant dans cette section font l'objet de plus amples discussions dans l'ouvrage de Doris Willard, Becoming Aware - a Handbook for Leaders Working with Disabled Children, Burlington: Department of Recreational Services, 1978.
Voir Marriana S. James, "One Step at a Time", History News, vol. 36, no 7 (juillet 1981), p. 11-13. Dans notre brochure nous avons en général adopté les diverses étapes décrites dans cet article.
Les renseignements sur l'accessibilité matérielle et l'accessibilité aux programmes proviennent de: Kathy Callow, "Museums and the Disabled", Museum Journal", vol. 74, no 2 (septembre 1974), p. 70-72. Andy Leon Hamey, éd., Trends for the Handicapped, Washington: Park Practice Program juillet, août, septembre 1974), p. 7-9. Alice P. Kenney, Access to the Past, Nashville: ASSLH, 1980, passim.
Maureen Gee, "The Power to Act", Museum, vol. 33, no 3 (1981), p. 137.
Norman Acton, "Disability and the Developing World', Museum, vol. 33, no 3 (1981), p. 156.
Robin Inglis, "Editorial - Museums and the Handicapped", Gazette, vol. 11, no 3 (1978), p. 2.
Les résultats du questionnaire utilisé pour préparer ce travail ont révélé l'existence de trois raisons principales pour lesquelles les conservateurs et directeurs de musées communautaires se considéraient incapables d'offrir des programmes et des installations pour les handicaps. Ces raisons sont :
insuffisance de fonds = 51 %
insuffisance de personnel = 47 %
installations inaccessibles = 39 %

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Dernière mise à jour : le 27 novembre 2007