

Cimetière quaker près de Hay Bay
Des personnes et des groupes bien intentionnés ont au fil des années cherché à améliorer l'état des cimetières, allant du nettoyage rapide jusqu'au remplacement du tracé d'origine. Bien des générations d'Ontariennes et d'Ontariens se sont inquiétées du mauvais état des cimetières plus anciens. Le Canadian Freeman traitait en 1833 de «fléau très dangereux» le cimetière de l'église St James à York (Toronto) et pressait la Commission de la Santé de prendre des mesures. Un correspondant du Canada Farmer demandait en 1864, «Pourquoi le terrain est-il abandonné à un tel fouillis, couvert dans certains cas de rondins et de souches?» Un éditorial du Canadian Horticulturalist déclarait en 1903, «Un cimetière négligé, au gazon non tondu, aux clôtures brisées et aux pierres croulantes semble faire honte aux vivants et parler fort de leur manque de respect pour leurs ancêtres».
Une réaction répandue au surpeuplement des cimetières et à l'obstacle qu'ils présentaient à l'expansion de la surface bâtie consistait à les fermer. Le cimetière de l'église St James, fermé en 1844 après l'ouverture du nouveau cimetière de la ville, le cimetière St James, en est un exemple précoce. Au fil des décennies suivantes, certains des restes humains et des monuments furent transportés ailleurs, des monuments remplacés et d'autres encore, abandonnés (certaines plaques qui subsistaient furent au XXe siècle apposées aux murs protégés du porche de la cathédrale St James). Bien que la plupart des éléments de ce paysage culturel des débuts aient été enlevés, cet ancien cimetière d'église demeure un important espace vert.
Potter's Field a été en 1826 le premier cimetière d'York à n'être pas réservé à un culte donné. Son site de six acres s'est couvert de bâtiments à plusieurs reprises et il avait été fermé en 1875 par mesure d'hygiène et en réponse aux pressions de ceux qui voulaient utiliser le terrain à des fins d'aménagement. Il n'y a plus maintenant qu'une plaque pour le signaler, au coin des rues Yonge et Bloor à Toronto.
L'état des monuments a longtemps été ce qui poussait gens et organismes à agir, souvent avec des résultats décevants. Au fil des années, maints monuments brisés et leurs fragments ont été jetés ou chapardés. L'inscription de leur origine et de leur nouveau site tendait à se perdre même si elle avait été soigneusement enterrée à l'endroit de la tombe ou placée dans un bâtiment d'entreposage du cimetière. Des familles qui faisaient remplacer de vieux monuments n'ont que rarement fait reproduire au complet l'inscription, les sculptures et le nom du sculpteur. De plus, même reproduite, l'information était parfois mal copiée.
La Pergola du pionnier (Pergola Pionneer) du parc St Andrews à Galt (Cambridge) était un effort précoce, bien intentionné, de préserver à grande échelle des monuments. En 1907, près du site de l'église St Andrews (démolie en 1889), le chapitre de Waterloo de l'Ordre impérial des Filles de l'Empire créait la pergola, avec murs, piliers et sol en béton, le tout surmonté de madriers rustiques en bois. Ses côtés en béton incorporaient les 207 monuments qui restaient dans le cimetière d'église. Même si cette structure a été désignée en vertu de la Loi sur le patrimoine de l'Ontario en 1983 pour l'importance historique de ses inscriptions, celles-ci et la pierre se détériorent maintenant rapidement. Pire encore, l'information sur la position relative des monuments, de la végétation, de l'église et d'autres éléments du paysage a disparu lors d'un incendie en 1907.
Ironiquement, de nombreux efforts de «conservation» ont été exécutés dans le cabre programme gouvernemental. En 1967, de nombreuses communautés en Ontario et celles du sud-ouest de la province en particulier ont cherché à guérir les maux de leurs cimetières les plus vieux au moyen de fonds mis à leur disposition par les gouvernements fédéral et provincial en financement de contrepartie un dollar pour un dollar. Beaucoup tentèrent des opérations radicales.
En certains cimetières, chaque rangée de monuments allait être réinstallée en une seule longue plaque de béton, même si on connaissait l'emplacement et l'orientation des tombes. À d'autres endroits, des changements plus destructeurs se sont produits oú l'on a réduit l'échelle de la disposition des tombes et réinstallé les monuments sur une bien plus petite plaque de béton rectangulaire ou carrée. Dans les meilleurs cas, les monuments étaient disposés selon leurs orientations horizontales et verticales d'origine. Au pire, des monuments naguère debout ont été couchés et encastrés dans du béton, détruisant tout sens du site d'origine et des différences quant à la hauteur et la largeur.
Les solutions les plus radicales comportaient l'installation de monuments et de fragments de monuments à de nouveaux endroits sans autre rapport avec le site précédent que d'être dans le même cimetière d'origine. Du coup, immeubles embellis de monuments, murs contigus debout, murs de soutènement et cairns parsèment bien des comtés méridionaux de l'Ontario et se remarquent surtout le long de la route 10 et des chemins ruraux de comté.
Les dommages physiques à long terme causés aux monuments par le fait de les encastrer dans le mortier ou le béton sont graves, comme l'explique une publication du ministère intitulée : «Landscapes of Memories - A Guide for Conserving Historic Cemeteries: Repairing Tombstones» (disponible en anglais seulement). Le défrichement en masse de la végétation «envahissante» et «superflue», joint à l'entretien à l'aide de machines et de produits chimiques, a aussi détruit des plantes du patrimoine et des tracés de végétation historiques.
De plus, refaire la configuration des monuments et perdre le tracé des plants patrimoniaux ont porté atteinte à l'intégrité historico-culturelle.
Les attitudes envers la conservation des édifices et des paysages évoluent sans cesse. Nous reconnaissons maintenant que certains efforts antérieurs pour préserver notre patrimoine de cimetières ont eu des effets nocifs à long terme, même s'ils ont semblé constituer de bonnes solutions à des problèmes pressants. Nous ne pouvons altérer les actes irréversibles du passé, mais avec davantage de prévoyance et de planification, nous pouvons maintenant choisir des méthodes qui, réversibles, laissent des choix pour l'avenir.

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Dernière mise à jour : le 9 novembre 2007